Mercredi 11 novembre 2009
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En Alsace, la saison de la distillation
est maintenant lancée. Manu a une autre vie que le vin : le schnaps. De mauvaise réputation, l’eau-de-vie à base de fruits issus de nos vergers n’est pas en vogue chez les jeunes. Car
évidemment, boire un bon alcool issus de fruits locaux ce n’est pas tendance comme la vodka-redbull ou le cognac ou les autres alcools bien pourvus en publicité et en produits chimiques
variés !
Quel dommage !
Les
joyeux bouilleurs de crus: pourvu que ça dure !
Heureusement Guillaume Stinner, Yannick Sengler, Mathieu et Laurent Uhlrich ainsi qu’Emmanuel Breysse en ont fait une passion depuis 10 ans. Aujourd’hui, âgés entre 30 et 35 ans, ils sont fiers
d’avoir perpétué la tradition.
Le
droit en franchise s’établit à 10 litres d’alcool pur. Ce droit qu’ils détiennent de leurs aïeux s’éteindra malheureusement en 2011 « et ce n’est pas faute d’avoir défendu ce droit à une
exploitation raisonnée des vergers notamment par le député François
Grussenmeyer qui en avait fait l’un de ses chevaux de bataille. » rappelle Emmanuel.
Ce député avait bien tenté de faire
passer cette loi de raison qui participait du maintien de nos vergers. Mais il s’est heurté au puissant lobby du Sud-Ouest et des alcools d’importation comme le Whisky. En plus déjà à cette
époque, on voyait poindre la lénifiante politique anti-alcool qui sévit actuellement sur notre doux pays. Difficile de lutter, même si les combats à l’Assemblée Nationale ont été féroces. Le
député François Grussenmeyer s’étant même heurté à Alain Juppé, pourtant proche.
Revenons à nos bouilleurs de crus : les 150 kilogrammes de mirabelles issus des vergers de nos amis (sans
sucre ajouté) vont tout de même permettre produire près de 30 bouteilles.
L’alambic alimenté par du bois commence
à chauffer. La vapeur d’eau s’échappe de cette mystérieuse machine qui produit une distillation en deux passes. Le "roibrant" = se prononce roye = cru et ensuite le guetbrant= la bonne cuisson, distillation. C’est le bois qui permet de réguler l’intensité de la cuisson. La nature du
bois influe même sur la distillation ! Quel bonheur ! Dans la première passe, on recueille un
condensat contenant des impuretés. On nettoie l'alambic, puis on y verse le condensat. Le feu est alors très doux, le chauffage très lent pour recueillir le schnaps qui coule en fin filet. Un
alcoomètre (densitomètre) flotte dans la bassine en cuivre qui recueille le schnaps.
Les
mirabelles ont bien fermenté. Il s'en dégage une bonne odeur.
Même les voisins sont venus voir car distiller, c'est encore un évènement et comme cela devient de plus en plus rare, cela attise à proportion la curiosité. En attendant, c’est le millésime 2007
qui est dégusté. Avec la modération qui sied pour un alcool qui titre entre 45 et 50°c selon les années.
Chapeau à Manu et sa bande pour
perpétuer cette tradition chaleureuse et conviviale au cœur de l’Alsace. Car la distillation c’est aussi un vrai partage entre ami, c’est prendre le temps de voir les choses se créer. Précieux
par les temps (le temps ?) qui coure(nt).
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